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Digi’Skin, la MedTech issue d’IMT Starter pour les prothèses sensorielles
Publié le 26 mai 2026
Quand une personne amputée saisit un objet avec une prothèse, elle peut généralement le bouger. Mais elle ne le ressent pas. Pas de sensation de pression. Pas de perception du contact. Pas d’indication sur la force exercée. Pour compenser, les utilisateurs doivent constamment regarder leur prothèse pour vérifier qu’ils tiennent correctement un objet, sans l’écraser ni le laisser tomber. Une contrainte invisible, mais omniprésente dans les gestes du quotidien.
C’est précisément sur ce défi encore largement inexploré de la MedTech que travaille Digi’Skin, une technologie développée par la start-up Advanced Care Technologies, accompagnée par IMT Starter, l’incubateur de Télécom SudParis, IMT-BS et ENSIIE. Son ambition : recréer artificiellement le sens du toucher grâce à un dispositif de restitution sensorielle non invasif.
« Un membre normal, ce n’est pas juste quelque chose qui bouge »
À l’origine du projet, il y a une intuition née presque par hasard. Gabriel Eleuterio découvre dans un film un personnage utilisant une prothèse comme un membre parfaitement naturel. « Je me suis dit : je n’avais jamais vu ça dans la réalité », raconte-t-il. À l’époque, il ne connaît encore presque rien au monde des prothèses. Mais cette image agit comme un déclencheur. Il décide alors de passer plusieurs semaines dans un centre de rééducation afin d’observer les usages réels des patients et les difficultés rencontrées au quotidien.
Très vite, un même constat revient. Les prothèses actuelles permettent le mouvement, mais elles restent largement privées de sensations. « Un membre normal, ce n’est pas juste quelque chose qui bouge, c’est quelque chose qui ressent aussi », résume le fondateur. Pour lui, le problème n’est pas uniquement mécanique. Il est aussi neurologique, sensoriel et cognitif.
Le mouvement humain fonctionne comme une boucle permanente entre action et perception. Lorsque cette boucle est rompue, l’usage devient moins fluide, plus fatigant et moins intuitif.
Une technologie non invasive pour recréer le toucher
Digi’Skin cherche précisément à reconstruire cette boucle sensorielle. Concrètement, la technologie capte des informations issues de la prothèse, comme la pression ou le contact, puis les traduit en stimulations sensorielles non invasives transmises à l’utilisateur. L’objectif : permettre à la personne de mieux percevoir ce qu’elle touche avec sa prothèse, sans chirurgie supplémentaire ni modification lourde du dispositif existant.
Cette approche constitue l’un des principaux éléments différenciants de la start-up. Aujourd’hui, certaines technologies concurrentes explorent des solutions invasives nécessitant des implants sur les nerfs périphériques ou directement au niveau du cerveau. Digi’Skin adopte une stratégie radicalement différente : s’adapter aux prothèses existantes sans intervention chirurgicale. « Notre expertise réside dans le développement d’un dispositif de restitution sensorielle efficace et adaptable aux prothèses existantes », explique Gabriel Eleuterio.
Au-delà de la prouesse technologique, la promesse est très concrète : mieux doser la force exercée, manipuler des objets fragiles, retrouver des gestes plus naturels et réduire la dépendance au contrôle visuel.
Des premiers résultats encourageants
La technologie est encore en phase d’étude clinique, mais les premiers essais montrent déjà des résultats prometteurs. Selon la start-up, les utilisateurs parviennent progressivement à mieux interpréter les contacts, à moduler leurs gestes et à s’approprier plus naturellement leur prothèse. Ces résultats restent préliminaires, mais ils renforcent la crédibilité scientifique du projet et justifient le lancement d’études cliniques plus larges.
À ce stade, un peu moins de dix patients et utilisateurs ont testé la solution dans le cadre de premiers essais exploratoires. Une étude clinique plus structurée est désormais en préparation avec plusieurs partenaires en France et en Allemagne.
Les usages évoqués par les patients montrent aussi à quel point le sujet dépasse la seule performance technique. L’un des exemples les plus simples concerne… la cuisine. « Un patient nous a expliqué que lorsqu’il tient des légumes avec sa prothèse, il les écrase souvent sans s’en rendre compte », raconte Gabriel Eleuterio. Avec un retour sensoriel, ce type de geste pourrait redevenir beaucoup plus instinctif.
Une technologie de restitution sensorielle pensée pour d’autres pathologies
Si Digi’Skin reste aujourd’hui centrée sur les prothèses de membres supérieurs, la vision de la start-up dépasse déjà largement ce seul marché. Advanced Care Technologies travaille notamment sur des applications liées au diabète. Certaines neuropathies diabétiques provoquent une perte de sensibilité sous les pieds, entraînant des blessures parfois invisibles pour les patients, pouvant ensuite conduire à des infections graves ou à des amputations.
La start-up veut adapter sa technologie pour compenser ces pertes sensorielles et prévenir ces complications. Une évolution stratégique importante : elle ouvre potentiellement Digi’Skin à des marchés médicaux beaucoup plus larges que celui des seules prothèses.
Une MedTech confrontée aux réalités réglementaires
Comme beaucoup de start-ups MedTech, Digi’Skin évolue cependant dans un environnement particulièrement exigeant. Validation clinique, sécurité, réglementation européenne, démonstration des bénéfices thérapeutiques : le chemin vers le marché est long. « Le premier défi a été de comprendre le chemin vers le marché », explique Gabriel Eleuterio. Aujourd’hui, les principaux enjeux réglementaires concernent la validation clinique du dispositif, la démonstration de sa sécurité, les performances médicales et la constitution du dossier de marquage CE.
En parallèle, la start-up mène actuellement une levée de fonds de 700 000 euros pour accélérer son développement industriel. Des discussions sont également en cours avec Ottobock, l’un des leaders mondiaux des prothèses, autour d’une potentielle étude clinique et de futures collaborations industrielles.
IMT Starter comme accélérateur
Dans ce parcours complexe, l’accompagnement par IMT Starter a joué un rôle structurant. Le réseau, les échanges avec les mentors et l’accompagnement stratégique ont permis à l’équipe de clarifier progressivement son modèle économique, ses priorités technologiques et sa trajectoire réglementaire.
Car dans les MedTech, la vitesse ne se mesure pas uniquement à la capacité d’innover. Elle dépend aussi de la capacité à tenir dans le temps. « Ça sera long. Bien plus long qu’on ne l’imagine. Il faut être endurant », résume Gabriel Eleuterio.
Mais malgré la complexité technologique et réglementaire, sa conviction reste intacte : « La technologie peut vraiment être au service de l’humain quand elle est bien utilisée. »

