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ShiftElec : flexibilité électrique industrielle par l’IA
Publié le 27 mai 2026
Pendant longtemps, les industriels ont surtout cherché à consommer moins d’électricité. Demain, ils devront surtout apprendre à consommer au bon moment. C’est sur cette nouvelle équation énergétique que travaille ShiftElec, une start-up créée par Alizée Mesnard, diplômée de Télécom SudParis, à l’issue du Challenge Projets d’Entreprendre© de l’école. Son ambition : aider les sites industriels à optimiser leur consommation électrique grâce à l’intelligence artificielle et à la flexibilité électrique.
Derrière ce sujet encore peu connu du grand public se cache pourtant un enjeu stratégique pour l’industrie européenne : réussir à adapter la consommation électrique aux nouvelles contraintes du réseau, à l’essor des énergies renouvelables et à la volatilité croissante des prix de l’électricité.
Quand l’électricité devient une variable industrielle stratégique
À l’origine du projet, il y a une expérience de terrain. Avant de lancer ShiftElec, Alizée Mesnard travaillait chez EDF sur les enjeux d’efficacité électrique des datacenters. Elle découvre alors la flexibilité électrique : la capacité d’un site à adapter sa consommation selon les besoins du réseau et les variations du marché de l’énergie. Quelques mois plus tard, lorsqu’elle participe au Challenge Projets d’Entreprendre© de Télécom SudParis, elle décide de transformer cette intuition en projet entrepreneurial.
L’idée est simple en apparence : permettre aux industriels de mieux comprendre leur consommation électrique machine par machine, puis d’optimiser automatiquement certains usages énergétiques pour réduire leurs coûts et leurs émissions de carbone.
Mais derrière cette promesse se cache un problème technologique complexe. Aujourd’hui, dans de nombreuses usines, les industriels disposent surtout d’une vision globale de leur consommation via leur compteur principal. Ils savent combien ils consomment, mais rarement précisément où, quand et pourquoi. ShiftElec veut rendre visible ce qui restait jusqu’ici invisible.
Des “capteurs virtuels” alimentés par l’IA
La start-up développe une technologie de “capteurs virtuels” capable de reconstituer la consommation électrique détaillée de chaque équipement industriel à partir des données du compteur principal et de modèles d’intelligence artificielle.
Concrètement, une première phase de mesure est réalisée grâce à des capteurs physiques temporaires installés sur le site industriel. Ces données permettent ensuite d’entraîner les modèles de ShiftElec. Une fois cette phase terminée, les capteurs physiques sont retirés et les capteurs virtuels prennent le relais de manière permanente.
L’objectif : éviter aux industriels des infrastructures lourdes ou coûteuses. « Quand on a la data, avec une équipe de data scientists comme celle de ShiftElec, on peut tout faire », explique Alizée Mesnard.
Grâce à cette approche, les industriels peuvent visualiser la consommation par équipement, comprendre précisément leur facture énergétique, identifier les équipements pilotables et optimiser leur consommation selon les périodes où l’électricité est la moins chère et la moins carbonée. Le tout sans interruption de production ni nouveaux investissements matériels lourds.
« Pour une fois, consommer mieux, c’est aussi payer moins cher »
Si la transition énergétique est souvent perçue comme une contrainte, ShiftElec veut au contraire en faire un levier économique immédiat. Et c’est précisément ce qui séduit les industriels. « Quand un directeur technique comprend qu’il peut récupérer jusqu’à 20 % sur sa facture d’électricité, l’intérêt est immédiat », explique la fondatrice.
Les premiers retours terrain montrent d’ailleurs des usages très variés : alimentation de jumeaux numériques, intégration dans des analyses carbone, pilotage énergétique ou encore stratégies d’autonomie électrique.
Mais au-delà des économies, la start-up défend aussi une vision plus large du rôle des industriels dans l’équilibre énergétique de demain. Car avec la montée en puissance des énergies renouvelables, la consommation devra devenir plus flexible pour absorber les périodes de surproduction électrique. En 2025, environ 3 TWh d’énergie renouvelable auraient ainsi été perdus en France faute de consommation suffisante au bon moment. Pour ShiftElec, les usines peuvent devenir des acteurs clés de cette régulation. « Quand nos usines pilotées consomment pendant ces fenêtres de surproduction, elles absorbent une électricité verte qui serait autrement perdue », explique Alizée Mesnard.
Un marché en train de basculer
La jeune pousse évolue sur un marché encore émergent mais dont les signaux économiques deviennent de plus en plus forts. Selon les données de RTE citées par la start-up, les écarts de prix de l’électricité entre les heures creuses et les pics de consommation ont fortement augmenté ces dernières années. Le nombre d’heures à prix spot négatifs, où les consommateurs peuvent quasiment être payés pour consommer, progresse également rapidement.
Pour Alizée Mesnard, la flexibilité électrique industrielle pourrait devenir un actif stratégique comparable à ce qu'a représenté l'efficacité énergétique dans les années 2010. Et le potentiel est considérable.
ShiftElec cible principalement les sites industriels automatisés, avec une puissance souscrite supérieure à 500 kW, avec des factures électriques supérieures à 200 000 euros par an. La start-up travaille déjà avec plusieurs secteurs : agroalimentaire, électronique, adhésifs, pneumatiques, outillage industriel.
Aujourd’hui, trois bêta-testeurs industriels utilisent activement la solution tandis que sept autres sont en phase de démarrage.
Télécom SudParis et IMT Starter comme terrain d’accélération
Le projet n’aurait probablement pas évolué aussi vite sans l’écosystème entrepreneurial construit autour de Télécom SudParis. Après le Challenge Projets d’Entreprendre©, ShiftElec poursuit son développement dans le cadre des projets pédagogiques de l’école avant d’intégrer IMT Starter, l’incubateur commun de Télécom SudParis, IMT-BS et ENSIIE.
Pour Alizée Mesnard, cet accompagnement a été déterminant : coaching, structuration du projet, soutien entrepreneurial, mise en réseau et développement technique.
La start-up bénéficie également du soutien de la chaire Integrate, dédiée aux enjeux environnementaux et énergétiques. Une cohérence forte avec le parcours de la fondatrice, déjà engagée dans les problématiques environnementales pendant ses études.
Faire des usines un levier de décarbonation
Derrière ShiftElec, il y a finalement une idée simple : la transition énergétique ne se jouera pas uniquement du côté de la production d’électricité, mais aussi dans la manière dont nous consommons cette énergie.
Et dans cette transformation, les industriels pourraient devenir des acteurs beaucoup plus stratégiques qu’aujourd’hui. « Notre objectif commun, avec tous les acteurs de la flexibilité électrique, c’est de contribuer à la fermeture de deux centrales à charbon et cinq centrales au fioul», affirme Alizée Mesnard.
Une ambition encore immense pour une jeune start-up. Mais à mesure que les contraintes énergétiques, climatiques et économiques convergent, le sujet de la flexibilité électrique pourrait rapidement passer d’une problématique technique à un enjeu industriel majeur. Et c’est précisément sur ce terrain que ShiftElec entend se positionner.
